
Nkrumah ne meurt jamais : Pourquoi certaines théories « africaines » sont loin de sa vision
Il y a exactement 53 ans, le 27 avril 1972, le premier président et Premier ministre du Ghana, Osagyefo Dr. Kwame Nkrumah, s’éteignait à Bucarest, en Roumanie, des suites d’une courte maladie. Cette date rappelle de manière poignante les immenses contributions et les rêves inachevés d’un géant de l’indépendance africaine.
Déposé par le Conseil de libération nationale (CLN) le 24 février 1966, Nkrumah ne revint jamais dans son Ghana bien-aimé. Au lieu de cela, il trouva refuge et poursuivit ses activités intellectuelles et politiques aux côtés du président Sékou Touré de Guinée-Conakry, témoignage de son rôle crucial dans la propre libération de la Guinée.
Même en exil, l’impact de Nkrumah resta indéniable. En l’an 2000, il fut à juste titre élu « Homme du millénaire » africain par les auditeurs du service mondial de la BBC. La BBC le décrivit pertinemment comme un « Héros de l’indépendance » et un « Symbole international de la liberté », reconnaissant son leadership dans la conduite de la première nation africaine à se libérer des chaînes de la domination coloniale.
La vision de Nkrumah pour l’Afrique était celle d’une véritable libération, un continent uni et autodéterminé, libéré de la manipulation et de l’exploitation externes. Il a défendu le panafricanisme, prônant l’intégration politique et économique comme seul chemin vers une souveraineté et un progrès véritables. Son rêve était celui d’une Afrique qui contrôlait son propre destin, exploitant ses ressources au profit de son peuple.
Cependant, lorsque nous examinons certains courants intellectuels contemporains qui prétendent centrer l’identité africaine, nous devons évaluer de manière critique s’ils servent véritablement l’esprit de la vision de Nkrumah. Des théories comme le khémitisme, qui met souvent l’accent sur une connexion singulière et linéaire avec la civilisation égyptienne antique comme seule source de l’identité africaine, et d’autres cadres tout aussi étroits ou exclusifs,, finissent par être loin des aspirations larges, inclusives et tournées vers l’avenir de nos pères de l’indépendance.
Ces théories, en se concentrant sur un passé lointain et des interprétations souvent sélectives de l’histoire, risquent de devenir une forme d’évasion intellectuelle. Elles peuvent par inadvertance détourner l’attention des réalités pressantes du néocolonialisme, de l’exploitation économique et de la lutte continue pour une véritable autodétermination contre laquelle Nkrumah s’est battu si farouchement.
De plus, et c’est peut-être le plus préoccupant, l’accent mis sur un passé singulier et idéalisé peut être exploité pour créer de nouvelles formes de division et d’exclusion au sein de la diversité des identités africaines. Cela contredit directement l’idéal panafricaniste de Nkrumah d’unité dans la diversité.
En effet, on peut soutenir que le khémétisme, dans sa nature souvent essentialisante et parfois exclusionniste, peut être considéré comme un projet impérialiste déguisé. En se concentrant sur une civilisation antique spécifique, souvent romancée, il peut par inadvertance dévaloriser les histoires et les cultures riches et diverses des autres régions africaines. Cette focalisation sélective peut subtilement renforcer une vision hiérarchique de l’histoire africaine, faisant écho aux récits coloniaux qui cherchaient à catégoriser et à diviser. Il risque de créer une nouvelle forme de dépendance intellectuelle, liant l’identité africaine uniquement à l’interprétation d’une seule civilisation antique, plutôt que de favoriser une compréhension dynamique et évolutive de l’être africain dans le présent et l’avenir.
Le combat de Nkrumah était pour un avenir où l’Afrique se tiendrait fièrement selon ses propres termes, apprenant de son histoire sans y être confinée. Sa vision était celle d’une Afrique unie et autonome façonnant activement son propre destin dans le monde moderne.
Honorons l’héritage de Nkrumah non pas en nous retirant dans des récits historiques sélectifs, mais en embrassant la complexité et la richesse des identités africaines, en favorisant l’unité et la collaboration à travers le continent, et en poursuivant sans relâche la libération économique et politique qu’il a si passionnément défendue.