L’affirmation selon laquelle le sous-développement africain découlerait des pèlerinages entrepris par les musulmans et les chrétiens en dehors du continent révèle une profonde incompréhension. Bien que le désir de voir les ressources locales utilisées pour le développement local soit compréhensible, cette assertion ignore la complexité de la spiritualité africaine indigène et les restrictions qui lui sont inhérentes.
On avance que si les musulmans et les chrétiens redirigeaient les fonds de leurs pèlerinages vers les sites sacrés nationaux, cela favoriserait le développement. Cependant, cette perspective néglige une réalité cruciale : de nombreux sites sacrés africains traditionnels fonctionnent selon une stricte exclusivité ethnique. Par exemple, une personne d’origine Yoruba se voit généralement interdire l’entrée dans un sanctuaire Igbo, et encore moins d’y accomplir des rituels. Ces sites sont souvent le domaine exclusif de groupes ethniques spécifiques pour la conduite de leurs pratiques traditionnelles.
Il est intéressant de noter que des récits historiques soulignent souvent une dynamique différente concernant l’accès à ces sites. Alors que l’accès interethnique pour les Africains était souvent restreint, parfois même passible de mort ou de lourdes sanctions, certains récits historiques suggèrent un accès plus ouvert pour les personnes blanches à ces mêmes espaces sacrés.
La question fondamentale qui se pose alors est la suivante : comment peut-on s’attendre à ce que quelqu’un entreprenne un pèlerinage sur un site sacré qui lui est culturellement et spirituellement interdit ?
En revanche, les religions abrahamiques ont souvent des lieux de pèlerinage centraux qui sont ouverts à tous les adhérents, transcendant les frontières ethniques et nationales. La Mecque, par exemple, en tant que site divinement ordonné pour le pèlerinage islamique (Hajj), accueille des musulmans de tous les coins du globe.
Affirmer que le manque de pèlerinage vers des sites sacrés ethniquement exclusifs en Afrique est une cause principale du sous-développement, c’est ignorer la nature intrinsèque de ces pratiques spirituelles traditionnelles. C’est un argument simpliste qui ne saisit pas les réalités nuancées de la diversité culturelle et religieuse sur le continent.
Au lieu de se concentrer sur une prémisse erronée, une exploration plus fructueuse réside peut-être dans l’appréciation du riche héritage spirituel qui existe déjà en Afrique. Le Ghana, par exemple, est un pays regorgeant de tels sites, chacun ayant une signification culturelle et historique unique. Ce ne sont pas de simples lieux à visiter, mais des espaces où le voile entre les royaumes physique et spirituel semble mince.
Partons à la découverte de dix de ces lieux remarquables au Ghana :
Notez bien que:- Ces sites au Ghana ne sont pas de simples vestiges ; ce sont des centres vibrants de croyances, d'histoire et d'identité culturelle. Ils nous rappellent que le monde recèle des mystères qui transcendent les explications simples et que le paysage spirituel de l'Afrique est riche et multiforme, méritant compréhension et respect.
* L’Épée de Komfo Anokye – Lien Indéfectible d’un Royaume (Région Ashanti)

À Kumasi, une épée plantée il y a des siècles par le prêtre vénéré Komfo Anokye reste inamovible. On croit qu’elle lie l’unité spirituelle du royaume Ashanti, un puissant symbole de résilience.
Dans la ville animée de Kumasi se dresse un mystère gravé dans le sol. L’épée de Komfo Anokye — que l’on dit avoir été plantée par le puissant prêtre lui-même il y a plus de trois siècles — n’a jamais été déplacée. Ni à la main, ni à la machine. Les gens disent qu’elle maintient le tissu spirituel du royaume Ashanti uni, et que la retirer entraînerait un désastre. Les visiteurs l’approchent avec respect, sachant qu’ils se tiennent devant un symbole d’unité qu’aucune force n’a pu ébranler.
* La pierre mystérieuse de Larabanga – Le rocher qui refusait de bouger (région de la savane)
Près de l’ancienne mosquée de Larabanga, une pierre a défié les tentatives coloniales de la déplacer, revenant mystérieusement à sa position initiale. Les habitants la considèrent comme divinement protégée, intrinsèquement liée à la sainteté de la mosquée.

Près de la célèbre mosquée de Larabanga se trouve une simple pierre — mais sa réputation est plus grande que sa taille. À l’époque coloniale, des travailleurs ont essayé de la déplacer pour faire place à une route. Mais chaque fois qu’ils le faisaient, la pierre retournait mystérieusement à son emplacement d’origine. Finalement, ils ont abandonné et ont courbé la route autour d’elle. Les habitants croient qu’elle est divinement protégée — spirituellement liée à la mosquée — et que sa présence ne doit pas être remise en question.
* Lac Bosomtwe – Où les esprits reposent avant l’au-delà (région d’Ashanti)

Ce paisible lac de cratère est considéré dans la tradition Ashanti comme le dernier lieu de repos des âmes avant leur voyage vers le royaume ancestral. Seules les pirogues traditionnelles en bois sont autorisées sur ses eaux, honorant sa signification spirituelle.
Ce lac paisible, encerclé de collines et de silence, n’est pas une étendue d’eau ordinaire. Dans la tradition Ashanti, on croit que les âmes des défunts s’arrêtent ici avant de rejoindre les ancêtres. Pour cette raison, seules les pirogues en bois — sculptées de manière traditionnelle — sont autorisées sur ses eaux. Les bateaux modernes sont interdits. Les gens disent que le lac est vivant, qu’il observe, et qu’il est plein d’esprits qu’il ne faut pas déranger. Les visiteurs repartent souvent dans un silence recueilli, comme s’ils avaient frôlé quelque chose de sacré.
* Camp des sorcières de Gnani – Un village entre peur et refuge (région du Nord)

Une communauté unique offrant refuge aux personnes accusées de sorcellerie, Gnani est un lieu où les prêtres traditionnels interviennent et accomplissent des rituels. Il témoigne de l’interaction complexe des croyances et des structures sociétales.
Caché dans la région du Nord se trouve un village pas comme les autres — un lieu où les personnes accusées de sorcellerie cherchent refuge. Le camp des sorcières de Gnani est à la fois craint et respecté. Ici, des prêtres traditionnels accomplissent des rituels pour juger de la culpabilité ou de l’innocence. Certains disent que la terre y est chargée de forces invisibles, et beaucoup croient que le camp protège non seulement les accusés, mais aussi les communautés environnantes. Que vous croyiez ou non à la sorcellerie, Gnani nous rappelle à quel point la croyance peut profondément façonner des vies et des destins.
* La pierre suspendue d’Amasaman – L’impossible équilibre de la nature (région du Grand Accra)

Au cœur d’une forêt tranquille, un rocher massif repose de manière précaire, semblant défier la gravité. Sa position stable mais improbable a donné naissance à des légendes locales de placement ancestral ou divin.
Au plus profond d’une forêt tranquille près d’Amasaman, un rocher massif semble défier la gravité. Il plane au-dessus du sol, parfaitement en équilibre, intact malgré les pluies ou les tempêtes les plus violentes. Des générations ont passé et pourtant, il ne tombe toujours pas. Certains disent qu’il a été placé là par des esprits ancestraux. D’autres croient que c’est un signe des dieux. Les scientifiques ont essayé de l’expliquer — mais le mystère demeure, lourd et silencieux dans les bois.
* Le Bois sacré de Tano – La forêt murmurante d’un dieu de la rivière (région d’Ahafo)

Ce bosquet luxuriant est considéré comme la demeure de la puissante divinité fluviale, Tano. L’accès est limité à des prêtres choisis, et la forêt est souvent remplie de sons inexpliqués, avec une faune sauvage errant librement sous sa protection spirituelle.
Ce n’est pas qu’une forêt — c’est un sanctuaire vivant. On croit que le bosquet sacré de Tano est la demeure du puissant dieu de la rivière, Tano. Seuls des prêtres spécialement choisis sont autorisés à pénétrer profondément dans son cœur verdoyant. Des sons étranges sont souvent entendus, et certains arbres sont réputés murmurer. Les animaux sauvages errent librement, intacts, comme protégés par des forces invisibles. Enfreignez les règles de cet endroit, et les habitants disent que les conséquences pourraient vous suivre jusque chez vous.
* L’épée sacrée de Nananom – Une arme à ne pas toucher (Région de l’Est)
Près d’Akropong, une ancienne épée plantée par un grand prêtre est censée incarner les esprits des anciens rois Akan. Toucher cette épée sans bénédiction appropriée est considéré comme portant malheur, soulignant le profond respect accordé au pouvoir ancestral.
Près d’Akropong se trouve une forêt où le temps semble immobile — et dans son sol, une épée ancienne repose. Plantée par un grand prêtre il y a des générations, on croit qu’elle porte les esprits des rois Akan. Mais attention : cette épée n’est pas là pour être admirée. Les habitants racontent des histoires de personnes qui se sont effondrées après avoir essayé de la toucher sans permission. Seule la bénédiction du sanctuaire peut permettre de s’en approcher. Ce n’est pas qu’une relique — c’est une épreuve de respect.
* Le sanctuaire de Togbui Tenge – La voix dans le vent (région de la Volta)
Caché au cœur des terres Anlo, ce sanctuaire est l’endroit où le vent est censé porter des messages des dieux. Les prêtres interprètent ces murmures, conduisant souvent à des prophéties, brouillant les frontières entre le physique et le spirituel.
Caché au plus profond des terres Anlo de la région de la Volta se trouve le sanctuaire sacré de Togbui Tenge. Les habitants croient que le vent y transporte des messages des dieux. Les prêtres affirment entendre des instructions et des avertissements clairs pendant les cérémonies, menant souvent à des prophéties qui se réalisent. Les visiteurs rapportent des frissons soudains et des murmures, même dans le silence. Le sanctuaire n’est pas seulement un lieu de prière — c’est une porte entre les mondes, où la frontière entre le physique et le spirituel s’estompe.
* Sanctuaire d’Esikyir des Crocodiles Marcheurs – Gardiens Sacrés des Eaux (Région Centrale)

Un étang à Esikyir abrite des crocodiles vénérés comme gardiens spirituels et ancêtres réincarnés. Ces créatures répondent paisiblement aux appels humains et ne sont jamais blessées par les villageois.
Dans la ville tranquille d’Esikyir, un étang contient plus que de l’eau — il abrite des crocodiles que l’on croit spirituellement liés au village. Ces crocodiles ne sont pas craints mais vénérés. Ils répondent aux appels humains, sortent de l’eau paisiblement et ne sont jamais blessés. Les anciens disent qu’ils sont les ancêtres réincarnés de la terre, des gardiens choisis par les dieux. Les étrangers peuvent y voir des reptiles, mais les habitants y voient des protecteurs veillant sur leur lignée.
* L’Arbre Tambour Parlant – Messages des Anciens (Région du Haut-Ouest)
Dans une zone isolée, un arbre est censé émettre des sons rythmiques ressemblant à des battements de tambour, en particulier lors des fêtes sacrées. Interprétés par les anciens comme des messages des ancêtres, il représente un lien mystérieux avec le passé.