
Le poids de l’histoire pèse souvent lourdement sur nos épaules. Nous nous remémorons les luttes de nos ancêtres, leurs batailles contre l’oppression manifeste des puissances impérialistes, et nous ressentons un sens d’histoire partagée, une lignée de résistance. Pourtant, en observant le paysage de notre présent, une réalisation poignante se fait jour : la génération d’aujourd’hui, à sa manière, est également en train d’échouer face à une forme d’impérialisme plus insidieuse, peut-être même plus efficace.
Mes prédécesseurs, nos pères, se sont dressés avec défi contre la domination physique et politique des impérialistes. Ils ont lutté pour la libération, pour l’autodétermination, pour le droit de tracer leur propre voie. Hier, peut-être avons-nous hésité à réaliser pleinement leurs rêves, luttant contre les effets persistants du colonialisme et naviguant dans un ordre mondial encore façonné par des forces externes. Mais aujourd’hui, en regardant notre jeunesse vibrante et énergique, un profond malaise s’installe en moi. Je les vois involontairement empêtrés dans la toile d’une machine impérialiste moderne, leur potentiel détourné, leur attention mal orientée.
Permettez-moi d’expliquer la source de mon inquiétude. Une enquête récente, dont les détails brossent un tableau sombre, révèle comment une part significative du temps et des précieuses données des Africains est consommée. Les espaces numériques qui recèlent tant de promesses de connexion et de progrès deviennent, pour beaucoup, des chambres d’écho de discours improductifs et de consommation passive.
Pour nos frères et sœurs francophones, le domaine numérique semble dominé par des débats sans fin sur le kémétisme, le christianisme et l’islam au sein des groupes WhatsApp, Telegram et Facebook.

Bien que l’exploration de la spiritualité et de l’identité soit importante, le volume considérable de temps consacré à ces arguments souvent circulaires, au détriment d’autres discussions cruciales, est préoccupant. Simultanément, une énergie considérable est investie dans le sport et le divertissement, l’humour, et même les recoins sombres de la pornographie et des groupes de jeux d’argent.
Il est préoccupant de constater que certains de ceux qui évitent les réseaux sociaux pourraient se tourner vers des drogues dangereuses comme le Tramadol, le crack, kush, khadaffi et d’autres substances dures, tandis que d’autres, en particulier les filles, recherchent des procédures risquées comme l’augmentation des fesses ou poursuivent l’idée d’argent spirituel.
Ustaz Wadd Afriqi
Trouble lié à l’usage de substances (TUS), anciennement connu sous le nom de toxicomanie
Parmi notre jeunesse anglophone, bien que l’engagement politique soit souvent visible, les thèmes dominants tournent toujours autour du sport et du divertissement, aux côtés de l’attrait du jeu et de l’évasion des récits de voyage.
Ce qui est frappant par son absence, de manière générale, est un écosystème florissant de forums et de discussions en ligne initiés et animés par des Africains, dédiés au développement, à la recherche scientifique et à l’échange de connaissances technologiques. Où sont les espaces numériques dynamiques où nos esprits les plus brillants collaborent sur des solutions innovantes pour les défis de notre continent ? Où sont les plateformes favorisant une poursuite collective du progrès scientifique et technologique ?

Ce paysage numérique, bien qu’apparemment inoffensif, est un puissant outil de l’impérialisme moderne. Il façonne subtilement nos priorités, détourne notre énergie intellectuelle et nous maintient liés à des récits et des plateformes largement contrôlés par des forces externes. Nos données, notre attention, nos pensées mêmes sont marchandisées et souvent dirigées vers la consommation plutôt que la création, vers la division plutôt que l’unité dans le progrès.
Le malaise s’étend au-delà du domaine numérique et imprègne nos institutions d’apprentissage mêmes. Dans nos écoles aujourd’hui, une tendance inquiétante émerge. Les rôles traditionnels d’enseignant et d’élève s’estompent, les enfants contestant de plus en plus l’autorité et dictant les conditions. Bien que favoriser la pensée critique soit essentiel, l’érosion du respect envers les éducateurs et la montée des comportements indisciplinés créent un environnement peu propice à un apprentissage véritable et à la transmission de connaissances vitales. Comment pouvons-nous espérer que nos enfants deviennent les innovateurs et les leaders de demain si les fondations mêmes de leur éducation s’effondrent ?
De plus, un changement sociétal significatif est en cours et exige notre attention. L’homosexualité est progressivement acceptée comme la norme. Bien que les discussions sur l’inclusion et les droits de l’homme soient cruciales, la normalisation rapide de ce phénomène soulève des questions complexes sur les valeurs culturelles, les normes sociétales et l’influence potentielle d’agendas culturels externes. Il ne s’agit pas de condamner des individus, mais plutôt de reconnaître une transformation significative de notre tissu social qui mérite une considération attentive et un dialogue ouvert au sein de notre propre contexte culturel.
Les échecs des générations passées ont peut-être été marqués par une oppression manifeste et une lutte visible. Notre échec aujourd’hui est plus subtil, plus insidieux. Il réside dans la consommation passive de distractions, la fragmentation de notre énergie intellectuelle, l’érosion de nos fondations éducatives et l’adoption acritique de changements sociétaux qui pourraient ne pas s’aligner sur notre développement à long terme et notre identité culturelle.
Ce n’est pas un cri de désespoir, mais un signal d’alarme. Nous, les héritiers des rêves de libération, ne pouvons pas nous permettre de nous laisser bercer par la complaisance des distractions brillantes du monde moderne. Nous devons activement cultiver des espaces de dialogue significatif, donner la priorité à la poursuite de la connaissance et de l’innovation, et inculquer à notre jeunesse un sens du but qui transcende les tendances éphémères et les influences externes.
La bataille pour une véritable libération n’est pas terminée. Elle a simplement évolué. Aujourd’hui, le combat se mène pour nos esprits, pour notre concentration, pour la direction même de notre progrès. Ne laissons pas l’histoire enregistrer que cette génération, elle aussi, a échoué à sauvegarder son potentiel et à tracer son propre destin face à une nouvelle forme de domination impériale, plus subtile. Le moment d’agir, de se recentrer et de construire un avenir guidé par notre propre ingéniosité et nos aspirations, est maintenant.