Un Appel à la Réflexion : Examiner le Mouvement Khémite et le Passé de l’Afrique

Une lettre à tous ceux qui s’identifient comme Khémites, et à tous ceux qui se soucient de l’avenir de l’Afrique, nous oblige à affronter une question vitale : tirons-nous les leçons douloureuses de notre passé ? L’histoire est remplie d’exemples d’idéologies qui, nées d’une supériorité perçue ou d’une identité déformée, ont conduit à des conséquences dévastatrices.
Considérez le génocide rwandais. Le massacre horrible de plus de 800 000 vies a découlé d’une idéologie qui a divisé les populations Hutu et Tutsi, affirmant faussement une origine supérieure pour les Tutsis, prétendant retracer leur lignée jusqu’à l’Éthiopie. Ce récit fabriqué a alimenté une haine qui a consumé une nation, laissant une plaie béante dans le cœur de l’Afrique.
De même, la guerre du Biafra, motivée par la croyance que les Igbo étaient une tribu perdue d’Israël et méritaient donc un État indépendant, a entraîné la perte de millions de vies africaines. Bien que le rôle des ressources pétrolières dans le conflit ne puisse être ignoré, les fondements idéologiques ont été un puissant catalyseur de violence.
Ce ne sont que deux exemples des innombrables cas où des idéologies, propagées par les Africains eux-mêmes, ont infligé de profondes blessures à notre continent. Les forces extérieures qui ont exploité et opprimé l’Afrique ont souvent trouvé leur point d’appui grâce aux divisions internes et aux croyances autodestructrices.
Cela nous amène au mouvement Khémite et à la figure de Cheick Anta Diop. Tout en reconnaissant ses contributions significatives à l’historiographie africaine, nous devons examiner de manière critique la trajectoire du mouvement. Le contexte aristocratique Wolof de Diop soulève des questions sur les dynamiques de pouvoir inhérentes à ses théories. De plus, bien que la présence de personnes noires dans l’Égypte ancienne soit indéniable, l’affirmation que tous les Africains noirs sont des descendants directs des anciens Égyptiens nécessite un examen attentif.
Les caractéristiques physiques représentées dans les peintures murales de l’Égypte ancienne, telles que les traits du visage, les structures nasales et les textures capillaires, suggèrent une connexion plus forte avec les populations cushitiques qu’avec les groupes bantous. Bien que la fierté de notre héritage commun soit essentielle, nous devons éviter les affirmations simplistes de lignée qui ignorent la complexité de l’ascendance africaine.
Plus inquiétante est la montée du radicalisme dans certains cercles Khémites. Les rapports de discours de haine dirigés contre les musulmans et les chrétiens, y compris les menaces d’extermination, sont profondément alarmants. Le récent incendie d’un Coran au Mali, et l’incarcération ultérieure de Doumbia Fakoly, servent de rappel frappant du potentiel de l’extrémisme idéologique à déclencher des conflits religieux.
Ces actions font écho aux idéologies mêmes qui ont alimenté le génocide rwandais et la guerre du Biafra. Assistons-nous à l’émergence d’une autre idéologie de division qui menace de déstabiliser notre continent ?
Les élites Khémites doivent répondre à ces préoccupations. L’Afrique ne peut se permettre un autre cycle de violence et de division. Nous devons nous engager dans une auto-réflexion critique, en reconnaissant les complexités de notre histoire et les dangers de l’extrémisme idéologique.
La question demeure : le Khémitisme ouvrira-t-il la voie à la paix et à l’unité, ou deviendra-t-il un autre chapitre de l’histoire tragique des conflits internes de l’Afrique ? La réponse réside dans notre volonté de tirer les leçons du passé, d’adopter la pensée critique et de privilégier le dialogue et la compréhension par rapport au dogme et à la division.
NB : Chaque coup cruel que l’Afrique a subi de la part des impérialistes a toujours (finalement) été porté par les mains de ses propres enfants. Nos penseurs doivent s’attaquer à cette vérité, profondément, avant qu’il ne soit trop tard.