
Le mouvement Khémite, prônant un retour aux pratiques spirituelles de l’Égypte ancienne, a lancé de graves accusations contre les musulmans et les chrétiens en Afrique. Ils affirment que ces groupes religieux ont été « lavés de cerveau, lobotomisés et dupés », opérant dans un « paradigme étranger » qui a conduit à la « chute et à l’échec total de l’Afrique ». Mais ces allégations sont-elles justifiées ? Un examen plus approfondi révèle une réalité plus complexe.
L’argument Khémite repose sur l’idée que l’islam et le christianisme, étant des religions importées, ont supplanté les systèmes spirituels africains indigènes, créant une déconnexion de l’identité africaine authentique et provoquant la décadence sociétale. Cependant, une analyse critique des pratiques au sein de ces religions en Afrique révèle un écart significatif par rapport à leurs principes fondamentaux.
La position de l’islam sur l’idolâtrie et la déviation :
L’islam est fondamentalement monothéiste, interdisant strictement le shirk, l’association de partenaires à Dieu, considéré comme le plus grand péché. Le kufr, l’incrédulité en Dieu, est également une grave transgression. Le Coran déclare explicitement que, bien que Dieu puisse pardonner d’autres péchés, le shirk constitue une exception significative.
De plus, l’islam possède un cadre juridique complet, la charia. Pourtant, à travers le continent africain, aucune nation n’applique pleinement la loi de la charia. Cela indique en soi un degré de syncrétisme avec les coutumes locales.
De plus, la prévalence de musulmans recherchant des conseils spirituels auprès de marabouts, malams, karamokos et fakaras contredit les enseignements fondamentaux de l’islam. Ces figures, souvent consultées pour une intervention divine, sont considérées par les érudits islamiques orthodoxes comme s’engageant dans des pratiques en dehors du cadre religieux prescrit.
La position du christianisme et les pratiques observées :
De même, le christianisme condamne l’idolâtrie et le recours à des figures spirituelles africaines traditionnelles telles que les sangomas, les ngangas et les mamiwatas.
Cependant, les pratiques répandues au sein des communautés chrétiennes africaines dressent un tableau différent. Les cas de chrétiens consultant des ngangas et des sangomas sont courants. Les rapports de pasteurs et de chefs religieux trouvés en possession d’amulettes, de sang humain et d’autres objets rituels obtenus auprès de guérisseurs traditionnels sont fréquents. La présence de cauris, de cornes de mouton et d’autres objets associés à la spiritualité africaine traditionnelle dans les mosquées et les églises souligne davantage ce syncrétisme.
La réalité des pratiques spirituelles africaines :
La réalité est que de nombreux Africains, quelle que soit leur religion professée, maintiennent des liens étroits avec leurs traditions spirituelles ancestrales. Cela est vrai à travers le continent, du Maghreb à l’Afrique australe et aux îles. Cette adhésion généralisée aux pratiques spirituelles indigènes démontre que l’affirmation Khémite d’un remplacement complet de la spiritualité africaine par l’islam et le christianisme est inexacte.
Conclusion :
Les allégations Khémites, tout en soulignant une préoccupation sincère concernant l’état de l’Afrique, manquent d’une compréhension nuancée de l’interaction complexe entre les religions importées et les pratiques spirituelles indigènes. Le syncrétisme omniprésent observé à travers le continent démontre que les traditions spirituelles africaines n’ont pas été entièrement éradiquées. Au contraire, elles ont souvent été intégrées ou coexistent avec l’islam et le christianisme.
Bien que les défis auxquels l’Afrique est confrontée soient multiples et complexes, les attribuer uniquement à l’influence de ces religions simplifie excessivement le problème. La réalité est une riche tapisserie d’interactions culturelles et spirituelles, où les valeurs africaines traditionnelles continuent de jouer un rôle important. Par conséquent, l’affirmation Khémite, après un examen plus approfondi, ne correspond pas à la réalité du paysage spirituel africain.