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Remise en Question du « Récit Khémite » : Examen de la Conquête Musulmane de l’Égypte et de la Question de la Présence Africaine Noire

Peinture murale de la Cène retrouvée en Egypte

Le récit présenté par certains partisans du « Khémitisme » ou de « l’Orthodoxie Kémétique » concernant la conquête musulmane de l’Égypte allègue une rencontre violente entre les envahisseurs arabes musulmans et les populations africaines noires indigènes. Ce récit prétend que les musulmans ont brutalement agressé, tué et opprimé ces Africains noirs, les forçant à fuir vers le sud, vers leurs « demeures réelles ». Cependant, cette affirmation soulève de sérieuses questions historiques, notamment concernant la démographie de l’Égypte à l’époque de la conquête musulmane et l’identité des personnes habitant la région.
L’État de l’Égypte Avant la Conquête Musulmane :
Avant l’arrivée de l’islam au VIIe siècle de notre ère, l’Égypte était en effet un pays majoritairement chrétien copte. L’Église copte, une tradition chrétienne indigène ayant ses racines dans la religion égyptienne antique, était la foi dominante dans la région. Ce fait seul remet en question l’affirmation khémite selon laquelle une grande population d’Africains noirs, spécifiquement les peuples bantous ou « nègres », étaient les principaux habitants de l’Égypte à cette époque.

Des archéologues découvrent une immense église dans la vieille ville de Dongola, au nord du Soudan


De plus, les archives historiques et les preuves archéologiques indiquent que la population de l’Égypte pendant les périodes romaine tardive et byzantine, précédant la conquête musulmane, était un mélange complexe. Bien qu’il y ait certainement eu des populations d’origines ethniques diverses en Égypte, la majorité était constituée d’Égyptiens coptes, descendants des anciens Égyptiens, avec des influences grecques et romaines significatives.

Image murale d’un chrétien dans le nord du Soudan


La Question de la Présence Bantoue/Nègre :
L’affirmation selon laquelle les envahisseurs musulmans ont rencontré et déplacé de grandes populations de peuples bantous ou « nègres » en Égypte n’est pas soutenue par l’érudition historique dominante. Les migrations bantoues, qui ont répandu les peuples de langue bantoue à travers une grande partie de l’Afrique subsaharienne, se sont produites sur une longue période, mais il n’y a aucune preuve suggérant une présence bantoue significative en Égypte au VIIe siècle de notre ère.
Il est important de comprendre que « nègre » est un terme problématique et dépassé, souvent utilisé avec des connotations racistes. Si le récit khémite fait référence à des personnes d’origine africaine subsaharienne, il est crucial d’examiner les preuves de leur présence. Bien qu’il y ait eu des échanges commerciaux et culturels entre l’Égypte et la Nubie (le Soudan actuel) au sud, et probablement des individus d’origine africaine subsaharienne résidant en Égypte, il n’y a aucune preuve suggérant qu’une population de masse d’entre eux vivait dans les principaux centres de population de l’Égypte.


Le Contexte de la Nubie et de l’Éthiopie :
Le récit khémite néglige également le fait que le Soudan (spécifiquement la Nubie) et l’Éthiopie étaient également majoritairement chrétiens à l’époque de la conquête musulmane. Ces régions avaient établi des royaumes chrétiens avec leurs propres trajectoires culturelles et historiques distinctes. Les royaumes chrétiens de Nubie, en particulier, ont résisté farouchement à l’expansion musulmane pendant des siècles.
La découverte archéologique de 2021 à Old Dongola, en Nubie, renforce ce point. Comme rapporté par Obłuski et son équipe, la découverte d’une grande église, potentiellement de la taille d’une cathédrale, décorée de peintures complexes, témoigne de la culture chrétienne vibrante qui a fleuri en Nubie pendant la période médiévale. Cette découverte souligne l’importance de la Nubie en tant que centre chrétien et démontre en outre que la région n’était pas simplement un refuge pour les populations déplacées fuyant l’Égypte.
La Réalité Historique de la Conquête Musulmane :
La conquête musulmane de l’Égypte en 639-642 de notre ère a été un événement historique significatif. Bien qu’elle ait indubitablement impliqué des conflits militaires et des bouleversements sociaux, il est crucial d’éviter les généralisations et les récits simplistes. La conquête a conduit à l’islamisation progressive de l’Égypte au fil des siècles, mais elle n’a pas impliqué le déplacement en gros de la population indigène. La communauté chrétienne copte a continué d’exister et de jouer un rôle significatif dans la société égyptienne.
Réponse au Récit Khémite :
Le récit khémite, tout en cherchant à mettre en évidence les contributions des Africains noirs à la civilisation égyptienne, repose sur des inexactitudes historiques et des généralisations. Il est essentiel d’aborder l’histoire sur la base de preuves solides et d’une analyse critique. Bien que les contributions de l’Afrique à l’Égypte antique soient indéniables, il est vital d’éviter de confondre la civilisation égyptienne antique avec les démographies et les schémas migratoires ultérieurs.
En conclusion, l’affirmation selon laquelle les envahisseurs musulmans ont rencontré et déplacé de grandes populations de peuples bantous ou « nègres » en Égypte n’est pas soutenue par les preuves historiques. L’Égypte était un pays majoritairement chrétien copte à l’époque de la conquête, et les royaumes chrétiens de Nubie et d’Éthiopie démontrent en outre le paysage religieux et culturel complexe de la région. Il est crucial d’aborder les récits historiques avec un esprit critique et un engagement envers l’exactitude, en évitant les généralisations et les interprétations simplistes.

Avatar de Ustaz Wadd Afriqi

Par Ustaz Wadd Afriqi

Ustaz Wadd Ifriqi is a passionate advocate for human rights, a compassionate philanthropist, and a revered Islamic educator. He has dedicated his life to uplifting Muslim communities across Africa, imparting Islamic values and principles to young minds. Known for his deep love and respect for Christians and people of other faiths, he actively promotes interfaith dialogue and understanding.
As a prominent voice for Muslim rights, he tirelessly works to foster tolerance, respect, and justice.
Ustaz Ifriqi is the founder of several impactful organizations: Bɛjyɔs, AFRISLAM, FAM (Family of African Muslims), MusliMail, Sɔlemɔ, Truligion, MFAK (Musulmans face aux khémites), and WORDMUCH (A Word from Muslims to the Church).

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