Les Sables Mouvants des Frontières de l’Égypte Ancienne : Un Regard Critique sur le Récit Kémite
L’affirmation selon laquelle l’Égypte ancienne était exclusivement une nation africaine habitée uniquement par des personnes noires, souvent défendue par les partisans du mouvement « kémite », mérite un examen attentif. Au cœur de ce récit se trouve l’affirmation que « Kémite » signifie « pays des Noirs » et que les habitants originaux ont été déplacés par les invasions arabes et d’autres forces extérieures, migrant vers le sud jusqu’à leurs lieux de résidence actuels. Ils citent souvent une prétendue « carte originale de l’Afrique » comme preuve.

Cependant, cette interprétation néglige des réalités historiques et géographiques essentielles.
Un point crucial souvent ignoré est la position unique de l’Égypte en tant que nation transcontinentale. Depuis les premières dynasties, l’Égypte a englobé des territoires à la fois en Afrique et en Asie, en particulier la péninsule du Sinaï. Cette terre, à peu près de la taille du Togo, comprend des villes comme Charm el-Cheikh, El Tor, Ras Sedr et autres. Cela soulève une question essentielle : les habitants de la péninsule du Sinaï sont-ils également considérés comme des « Kémites » dans ce cadre ? Le récit kémite ne parvient souvent pas à aborder cette complexité géographique.
Une idée fausse courante découle de la vision des cartes modernes de l’Égypte. La frontière contemporaine est, en fait, une conséquence du canal de Suez, construit par l’homme. Construit entre 1859 et 1869, cette voie navigable vitale, longue de 193,30 kilomètres (120,11 miles), a été conçue pour raccourcir les routes commerciales entre l’Europe et l’Asie. Il sépare artificiellement la péninsule du Sinaï du reste de l’Égypte.

L’existence du canal modifie considérablement la géographie perçue et ne devrait pas être appliquée rétroactivement pour comprendre les frontières de l’Égypte ancienne. Le Sinaï a fait partie intégrante de l’Égypte depuis ses débuts, ce qui remet en question la notion d’une Égypte ancienne purement africaine, exclusivement noire.

De plus, le récit kémite a du mal à expliquer les frontières établies entre l’Égypte ancienne et ses voisins, en particulier la Nubie. Si, comme le suggère la théorie, les Égyptiens et les Nubiens étaient un seul peuple, partageant une ascendance et une ethnicité communes, pourquoi des frontières fortement gardées étaient-elles nécessaires ? Bien que les frontières africaines modernes soient souvent le résultat d’un partage colonial, cela ne nie pas l’existence et la signification des frontières anciennes. De même, la frontière entre l’Égypte ancienne et la Libye nécessite également une enquête plus approfondie dans le cadre kémite.
En conclusion, bien que le mouvement kémite soulève des questions importantes sur la représentation de l’Égypte ancienne, son récit simplifie une réalité historique complexe. La nature transcontinentale de l’Égypte ancienne, la signification historique de la péninsule du Sinaï et l’existence de frontières définies avec les régions voisines remettent en question la notion d’une population égyptienne ancienne monolithique, exclusivement noire. Une compréhension plus nuancée de l’histoire de l’Égypte ancienne nécessite de reconnaître ces complexités géographiques et politiques, en allant au-delà des récits simplifiés et en s’engageant avec toute l’étendue des preuves historiques.