
La lignée aristocratique de Cheick Anta Diop : Dévoiler une supercherie kémite
Le mythe de l’égalitarisme : Examen des hiérarchies sociales dans les sociétés africaines traditionnelles
Le mouvement kémite (ou « khémitique ») promeut souvent l’idée que les sociétés africaines précoloniales étaient intrinsèquement égalitaires, dépourvues d’esclavage et caractérisées par un respect universel des droits de l’homme et de la justice. Cependant, cette vision idéalisée se heurte aux réalités historiques. Cet article vise à mettre en lumière la complexité des structures sociales en Afrique traditionnelle, en démontrant que des systèmes hiérarchiques, y compris des formes de servitude et de stratification sociale, étaient présents.
Une affirmation courante des partisans du kémétisme est l’absence d’esclavage en Afrique. Cette affirmation néglige les diverses formes de dépendance et de travail forcé qui existaient sur le continent. Bien que ces systèmes aient pu différer de l’esclavage chattel tel qu’il était pratiqué dans la traite transatlantique, ils impliquaient néanmoins l’exploitation et l’assujettissement d’individus.
De plus, la notion d’égalité et de justice universelles dans les sociétés africaines précoloniales est une simplification. De nombreuses sociétés, comme les Wolof du Sénégal, étaient structurées hiérarchiquement. Les Wolof, par exemple, reconnaissaient traditionnellement des classes sociales distinctes, notamment les hommes libres, les personnes nées dans l’esclavage et les artisans. La classe des hommes libres elle-même englobait une gamme de statuts, allant des nobles de haut rang aux paysans ordinaires. La classe des esclaves était constituée d’individus nés dans la servitude, tandis que les artisans, tels que les forgerons, les travailleurs du cuir et les musiciens, occupaient un échelon social inférieur. Les mariages entre ces classes étaient rares, ce qui souligne la nature rigide de la hiérarchie sociale.

L’exemple de Cheick Anta Diop, une figure vénérée dans le mouvement kémite, illustre davantage ce point. Diop lui-même était d’ascendance aristocratique Wolof. Ce fait souligne l’existence d’une stratification sociale, même au sein de communautés souvent idéalisées comme égalitaires. S’il y avait des aristocrates, alors logiquement, il y avait aussi des roturiers et des personnes de statut social inférieur. Les termes tels que « Tuntun » et « Fanon » (Fo-no), désignant les forgerons, illustrent davantage les désignations spécifiques associées aux différents rôles sociaux.
L’existence de hiérarchies sociales dans les sociétés africaines traditionnelles n’est pas un sujet de honte ou une dénigrement des cultures africaines. Il s’agit plutôt d’une reconnaissance de la nature complexe et multidimensionnelle de l’organisation sociale humaine. Tout comme les sociétés du monde entier ont développé divers systèmes de gouvernance et de structure sociale, les sociétés africaines l’ont également fait. Reconnaître ces complexités est crucial pour une compréhension nuancée de l’histoire africaine.
Au lieu de se concentrer uniquement sur les critiques externes ou les récits idéalisés, il est essentiel pour le discours africain contemporain d’aborder honnêtement les réalités historiques de la stratification sociale et son impact durable. Ce n’est que par une telle auto-réflexion critique que nous pourrons commencer à aborder les défis persistants de l’inégalité et de la justice sociale au sein des communautés africaines aujourd’hui. Ignorer ces réalités historiques entrave le progrès et empêche de véritables solutions aux problèmes contemporains. L’accent devrait être mis sur la compréhension du passé dans toute sa complexité, non pas pour s’y attarder, mais pour en tirer des leçons et construire un avenir plus équitable.